Ça peut paraître surprenant dans une démarche de simplicité volontaire, après avoir parlé de la technologie et du supermarché, d'enchaîner avec les livres. En définitive, ce qui va suivre est vrai pour les livres mais aussi pour tous les supports de biens culturels. (chez moi il n'y a plus ni CD ni DVD ; ma médiathèque occupe environ 10Go pour la musique + 60Go pour une petite centaine de films dont la moitié sont des documentaires...) Comme la culture a été pervertie pour prendre la forme d'une industrie du divertissement, le culte de la croissance s'y applique aussi et le milieu littéraire n'échappe pas à la règle.
Bref, qu'est-ce que signifie la décroissance dans la culture ? (ben je ne répondrai pas à la question, na !
)
Pour moi, la Gîtâ devint le guide infaillible de toute ma conduite, le dictionnaire auquel je me référais tous les jours. Tout comme je me tournais vers le dictionnaire d'anglais pour chercher le sens des mots qui m'échappaient, je me tournais vers ce dictionnaire du comportement pour y trouver la solution toute prête de mes ennuis et de mes épreuves. Tels mot que aparigraha (non-possession) et samabhâva (égalité d'âme) me frappèrent à l'extrême. ...
Comment s'y prendre pour se dépouiller de toutes possessions ? Le corps lui-même n'était-il pas en soi possession suffisante ? Et la femme, les enfants ? Devais-je supprimer toutes mes étagères pleines de livres ?
Autobiographie ou mes expériences de vérité, Gandhi
Quand j'ai lu la première fois l'autobiographie de Gandhi, le passage ci-dessus m'a marqué parce que je ne m'étais pas rendu compte à quel point posséder des livres était naturel (à ce titre, je trouve intéressant que pour Gandhi ce soit le premier élément non vivant qui lui vienne à l'esprit).
Évidemment maintenant je ne considère pas pour autant qu'il faut brûler tous les livres (ceux d'Amélie Nothomb vous pouvez
) ou qu'il faut arrêter de lire mais j'essaie de privilégier bibliothèques, ebooks en libre diffusion (gutenberg, wikisource, ilv, atramenta), achats d'occasion ou bookcrossing, principalement pour encourager le partage mais aussi par refus d'engraisser des ayants droits qui ne le méritent absolument pas (visiblement il y a des ayants droit et des n'ayants pas droit de lire du Guillaume Apollinaire
).
Récemment, j'ai emprunté à la bibliothèque La sorcière de Portobello dont voici un extrait qui illustre le sujet :
"Réponds-moi, a-t-elle insisté, regardant mon appartement. Apprendre, est-ce empiler des choses dans sa bibliothèque, ou se débarrasser de tout ce qui ne sert à rien et poursuivre son chemin plus léger ?"
Là se trouvaient les œuvres que j'avais eu tant de peine à acheter, lire, souligner. Là se trouvaient ma personnalité, ma formation, mes vrais maîtres.
"Combien de livres as-tu ? Plus de mille, j'imagine. Et pourtant, dans leur grande majorité, tu ne les ouvriras plus jamais. Tu gardes tout cela parce que tu ne crois pas.
— Je ne crois pas ?
—Tu ne crois pas, point final. Quelqu'un qui croit va lire comme je l'ai fait au sujet du théâtre quand Andrea m'a interrogée. Mais après, il s'agit de laisser la Mère parler pour toi, et à mesure qu'elle parle, tu découvres. Et à mesure que tu découvres, tu parviens à remplir les espaces blancs que les écrivains ont laissés là à dessein, pour provoquer l'imagination du lecteur. Et quand tu remplis ces espaces, tu te mets à croire à ton propre talent.
Combien aimeraient lire les livres que tu as là, mais n'ont pas les moyens de les acheter ? Pendant ce temps, tu gardes cette énergie inerte, pour impressionner les amis qui te rendent visite. Ou parce que tu ne crois pas qu'il t'aient déjà appris quelque chose, et que tu auras besoin de les consulter de nouveau."
J'ai trouvé qu'elle était dure avec moi. Et cela me fascinait.
"Tu penses que je n'ai pas besoin de cette bibliothèque ?
— Je pense que tu dois lire, mais que tu n'as pas besoin de garder tout cela. Serait-ce trop demander que nous sortions maintenant, et qu'avant d'aller au restaurant, nous distribuions la plupart de ces livres aux gens que nous croiserons en chemin ?
— Ils ne tiendraient pas dans ma voiture.
— Louons un camion.
— Dans ce cas, nous n'arriverions jamais au restaurant à temps pour dîner. En outre, tu es venue ici parce que tu n'es pas sûre de toi, et non pour me dire ce que je dois faire de mes livres. Sans eux, je me sentirais nu.
— Ignorant, tu veux dire.
— Inculte, si tu cherches le mot juste.
— Alors, ta culture n'est pas dans ton cœur, mais dans les bibliothèques de ta maison."
La sorcière de Portobello, Paulo Coelho
Pour ceux qui se plaignent des citations trop longues
, Paulo Coelho parle aussi de réduire la taille de sa bibliothèque et du bookcrossing dans ce documentaire :
Extrait du documentaire Paulo Coelho, ma vie
de Benedict Mirow et Dorothee Binding
(vidéo au format webm)
Ma première expérience de bookcrossing c'est avec ''J'avoue que j'ai vécu'' de Pablo Neruda. Je l'ai déposé le 2 août 2010 dans le hall du ferry Daniel Casanova pendant le trajet Propriano/Marseille.
Depuis je n'ai pas eu l'occasion de recommencer soit parce que j'ai acheté des livres que je compte relire soit parce que je les ai empruntés à la bibliothèque. En tout cas, la prochaine fois j'y mettrai un message expliquant la démarche avec mon adresse email parce que même si je ne tiens pas plus que ça à surveiller les déplacements de mon livre (comme sur bookcrossing.com) ça peut être intéressant de savoir dans quelles mains il est tombé et ce que la personne en a pensé.