Schroffenstein

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La pieuvre géante

En réaction à l'article du Framablog je me suis un peu amusé vite fait.

Il y a deux ans je disais déjà ça[1] :

En fait, chez Google ils sont très malins (cf Le monde selon Google), c'est une peu comme une pieuvre, on ne voit que les tentacules et on ne sait pas s'il y a une tête pensante derrière. Peut-être qu'il y en a et peut-être qu'il n'y en a pas ou peut-être que la tête est vide, en attendant la pieuvre continue de grandir et on la laisse faire parce qu'on ne sais pas.

D'ailleurs, leur slogan "Ne soyez pas malveillant" ça repose sur le même principe : c'est une phrase qui se veut immanente, en le disant ils ne le sont pas mais en même temps ce n'est pas parce qu'ils le disent qu'ils ne le seront pas et l'inverse non plus... bref, doute et re-doute et pendant ce temps la pieuvre continue de grandir jusqu'à ce qu'elle devienne étouffante et quand il sera trop tard, on aura rien vu venir.

giant-octopus-m.png

La pieuvre est dessinée à la main et coloriée avec Gimp. Elle est sous licence Creative Commons by-sa. Fichier source.
Les icônes viennent du pack Faenza [Deviantart] sous licence GPL.
Les yeux hypnotiques viennent de Son of Groucho [Flickr] sous licence Creative commons by.
Le reste est copyrighté par vous-savez-qui ;) mais bon, fair use, droit à la caricature toussa... De toute manière voilà la même en version totalement libre.

L'histoire des Choses

''The Story of Stuff'' de Annie Leonard
sous licence Creative commons by-nc-nd
(vidéo au format theora - fichier de sous-titres)

Annie Leonard décrit le cycle de vie des objets depuis l'extraction des ressources naturelles, la fabrication, la distribution, l'utilisation et l'élimination. On y aborde le rôle des gouvernements, des grandes entreprises, le recyclage et l'importance de repenser beaucoup de choses dans ce cycle de vie. Beaucoup de choses qui sont passées sous silence dans les médias traditionnels.
Le tout se déroule dans un condensé de 20 minutes avec des illustrations simples. Ça va très vite, mais c'est extrêmement bien fait et ça donne une vision globale de la manière dont la "société de consommation" fonctionne (et dont on veut qu'elle continue de fonctionner).

A voir absolument !!!

EDIT : Ajout des sous projets Story of (sous-titrés en français pour les premiers, en anglais pour les autres)

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Mélenchon et le Petit Journal

Dernièrement j'ai écouté le débat faisant suite à la projection du film Fin de concession de Pierre Carles qui avait lieu à Genève l'année dernière. Et c'est amusant parce que il y parlait de Mélenchon (impossible de faire l'impasse puisqu'il est dans le film) mais aussi du Petit Journal de Yann Barthès.
Mélenchon et Le Petit Journal font le buzz en ce moment sur le net... je ne vais pas résumer les différents épisodes, il suffit de se renseigner, mais du coup j'avais envie d'en parler.

Extrait[1] du débat suivant la diffusion de Fin de concession
le 07/12/2010 au cinéma Spoutnik à Genève
(vidéo au format webm)

Extrait du débat suivant la diffusion de Fin de concession
le 07/12/2010 au cinéma Spoutnik à Genève
(vidéo au format webm)

Personnellement, je trouve qu'en mettant ces deux extraits en parallèle il apparaît bien plus clairement que le Petit Journal est un programme de droite : être drôle pour fabriquer le buzz et gagner en audience d'un côté (ils sont en pleine croissance cette année, l'entreprise marche bien) et de l'autre taper sans distinction sur n'importe quoi avec cynisme et mépris. On fait le jeu du "tous pourris", on ne parle que de la forme et pas du fond et finalement qui est-ce qui en profite ?

D'après le dernier sondage : 66% des français voteraient à droite (30% PS ; 13% MoDem ; 23% UMP - si on ajoute l'extrême droite ça monte même jusqu'à 84%, le FN étant à 18%) et 11% à gauche (7% FdG ; 4% EELV). C'est ça la démocratie... :-/

Note

[1] Pour plus de détail sur le rapport de José Bové et d'Olivier Besancenot avec les médias vous pouvez voir cette enquête de Damien Doignot.

Vivre comme un indien

Vidéo-citations croisées. Une petite centaine d'années d'écart c'est moins que pour le précédent billet :)

Le premier extrait est issu du film ("hagiographique" dirait le rabat-joie Jacques Attali[1]) sur la vie de Gandhi. Il se situe avant la campagne du satyagraha contre l'exploitation des fermiers du Champaran obligés de cultiver de l'indigo pour le compte des britanniques au détriment de cultures vivrières.

Gandhi explique à Nehru et à ses camarades étudiants sa pensée et le choix de son mode de vie. J'y ai ajouté le discours qui précédait parce que ça allait bien ensemble.

Extrait du film Gandhi de Richard Attenborough
(vidéo au format webm)

Le deuxième extrait provient du documentaire de Coline Serreau[2]. On y reparle de Gandhi vers la fin et il est clair que de nos jours l'adversaire n'est plus aussi facile à identifier puisque les "généraux britanniques" ont été malheureusement remplacés par des "maîtres hindous" en Inde et, eux même, ont été remplacé par de simples managers-pantins au service d'une économie mondialisée[3] comme partout ailleurs.
Nous avons donc exactement le même problème que les indiens.

Extrait du documentaire Solutions locales pour un désordre global de Coline Serreau
(vidéo au format webm)

Notes

[1] J'ai lu Gandhi ou l'éveil des humiliés, Attali y est très agaçant à vouloir tout rapporter à son assassinat ou à faire des allusions à l'indépendance du Vietnam juste pour raccrocher les branches à l'histoire de la France. En gros, pour ne pas faire une "hagiographie", Attali mets l'accent principalement sur la soi-disant sexualité perverse de Gandhi et interprète de manière totalement biaisée certains événements dont la seule source se trouve dans l'autobiographie de Gandhi :roll: (l'escale pour voir une prostituée par exemple). Du coup, comme j'ai lu les deux, j'ai vraiment eu l'impression que, sous prétexte de ne pas faire dans la complaisance, Attali raconte n'importe quoi. Ça entache énormément la lecture des événements qui se passent après 1920 et qui ne se trouvent pas dans l'autobiographie.

[2] Au montage, j'ai avalé le dernier mot de Pierre Rabhi : "On ne fait pas de l'altruisme avec du commerce."

[3] À voir : la conférence gesticulée Exploiter mieux pour gagner plus

48 documentaires d'intérêt général

J'ai fait la liste des documentaires que j'ai vu et qu'il me semble important de partager. Et voilà un truc qui m'agace vraiment énormément.

Hormis Fin de concession de Pierre Carles qui est trop récent, Ma vie sans pétrole de John Webster qui n'est pas connu et la majorité des conférences gesticulées du Pavé[1] (parce qu'ils s'hébergent eux même ce qui est très bien), tous sont disponibles sur des plate-formes légales (mais parfaitement commerciale :-C ) de streaming :
Youtube, Google video (pour les plus anciennes), Dailymotion...

En soi, que ça se diffuse ne me dérange pas, c'est même très bien. Ça montre aussi que d'autres comme moi reconnaissent l'importance d'une diffusion dans l'intérêt du plus grand nombre.
Non, ce qui me dérange c'est qu'officiellement celui qui uploade sur ces plate-formes est dans l'illégalité. L'auteur (ou l'éditeur) du film pourrait tout à fait interdire cette diffusion sur simple demande auprès de l'hébergeur et s'il ne le fait pas c'est probablement parce qu'il veut que sa vidéo touche un maximum de monde[2] pour :

  1. augmenter la vente de DVD, ou du moins
  2. augmenter la fréquence des diffusions en salle (même petite) et à la télévision, ou encore
  3. gagner en crédibilité et obtenir ainsi plus facilement des fonds pour un prochain docu, ou enfin
  4. sensibiliser les gens à une cause parce qu'il se sent lui même révolté par cette réalité.

Sur le 4e point, c'est le cas que quelques uns d'entre eux puisqu'on trouve aussi leurs films sur leur site officiel (symbolisé par cette icône dans la suite du billet). D'autres le font officieusement comme Michael Moore avec Capitalism a love story diffusé en streaming lors de sa sortie sur Blip.tv et en pair-à-pair sur Bittorrent ou Carole Poliquin qui autorise le Framablog à en faire un article à condition que la vidéo soit dans la même résolution que celle qu'on trouvait déjà sur Google Videos.

Et dans ce cas, ce qui est quand même très surprenant c'est qu'ils ne choisissent pas une licence qui accorde explicitement aux spectateurs/internautes le droit de diffuser leurs films. Certains le font comme Annie Leonard avec la série des Story of faisant suite à Story of stuff ou comme Mark Achbar avec The Corporation qui a volontairement diffusé sont film sur Bittorrent ; tous deux sous licence Creative commons by-nc-nd.[3]
Sans ce type de licence donnée par l'auteur, l'utilisateur est encore pris en tenaille entre ce qui est légal et ce qui est légitime.

EDIT : Voici encore un exemple avec la position de Pierre Carles concernant le piratage de ses films.

Extrait du débat suivant la diffusion de Choron dernière
le 07/12/2010 au cinéma Spoutnik à Genève
(vidéo au format webm)

Bref, sur la liste ci-dessous l'icône de gauche indique le site commercial (ou officiel pour les autres) où voir le film et l'icône de droite indique où le télécharger voir au format Webm ou au format Theora. Le lien sur le titre du documentaire pointe vers le site officiel s'il y en a un.

Si vous les avez presque tous vu et qu'il y en a d'autres qui pourraient être intéressants n'hésitez pas à le dire dans les commentaires ;)

Notes

[1] Les conférences gesticulée c'est un forme d'expression qui ressemble beaucoup aux documentaires à une voix du type Super size me ou Ma vie sans pétrole. En tout cas, c'est sans aucun doute d'intérêt général.

[2] Si l'auteur laisse la vidéo c'est peut-être aussi parce qu'il n'est pas au courant mais bon quand après un an d'existence sur le web il n'y a toujours aucune réaction, il faudrait quand même se réveiller.

[3] La licence Creative commons by-nc-nd autorise la diffusion de l'œuvre dès lors qu'on cite l'auteur (ou son site officiel) et qu'on n'en fasse pas d'œuvre dérivé ni d'usage commercial. C'est la moins "libre" des licences de libre diffusion mais c'est déjà ça.

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Des animaux qu'on abat

Encore une !

Pour la plupart d'entre nous, ce qu'on montre dans les programmes télévisés de cuisine paraît tout à fait normal : ustensiles de cuisine d'une part, et d'autre part divers ingrédients crus qu'on va transformer en mets cuisinés. Mais pour quelqu'un qui n'est pas habitué à manger de la viande, ce spectacle doit sembler contre nature à l'extrême. Car parmi les légumes, les huiles, les fines herbes et les épices s'étalent des morceaux de chair dépecées à peine quelques jours plus tôt sur le corps d'une créature tuée à cet effet, et par des moyens violents. La chair animale ressemble tout à fait à la chair humaine (pourquoi en serait-il autrement ?)[1]. Donc les yeux de celui qui n'est pas habitué à la cuisine pour carnivores n'infèrent pas automatiquement (« naturellement ») que la chair que l'on montre a été découpée sur une carcasse (d'animal) plutôt que sur un cadavre (humain)

Il est important que tout le monde ne perde pas cette façon de voir la cuisine - de la voir, comme dirait Viktor Shklovsky, d'un œil étranger, comme un lieu où, après les meurtres, les corps des morts sont apportés pour être préparés (déguisés) avant d'être dévorés (nous mangeons rarement de la chair crue ; en fait la chair crue est dangereuse pour la santé).

Il y a quelques jours, la chaîne de télévision nationale a montré en soirée, entre autres émissions de cuisine, un documentaire sur ce qui se passe à l'abattoir de Port-Saïd où les animaux de boucherie exportés d'Australie vers l'Égypte trouvent la mort. Avec une caméra dissimulée dans son sac à dos, un reporter a filmé des scènes où on coupait les tendons des membres arrières afin de maîtriser les bêtes plus facilement ; de plus, il affirmait avoir des prises de vue trop macabres pour être diffusées : on plongeait un coutelas dans l'œil d'une bête ; le couteau enfoncé dans l'orbite permettait ensuite de faire pivoter la tête de l'animal pour présenter la gorge au couteau du boucher.

Le vétérinaire attaché à l'abattoir a été interviewé. Il ne savait rien de cette séquence filmée en douce et a nié que de tels agissement aient lieu. Son abattoir était un établissement modèle, a-t-il dit.

Les atrocités perpétrées aux abattoirs de Port-Saïd et dans l'exportation des bêtes sur pied en général préoccupent depuis quelque temps les Australiens. Des exportateurs de bétail ont même fait don à l'abattoir d'un lit d'abattage, énorme machine qui piège l'animal entre des barreaux puis le soulève et le fait pivoter pour rendre le coup mortel plus facile à porter. Il n'est pas fait usage de cette machine. Les préposés au massacre l'ont trouvée trop compliquée à utiliser, a dit le vétérinaire.

Ce serait trop espérer qu'un unique programme télévisé d'un quart d'heure ait un effet durable sur les pratiques en cours dans le commerce du bétail. Et il serait ridicule d'attendre des employés endurcis d'un abattoir égyptien qu'ils repèrent les bêtes en provenance d'Australie pour leur accorder un traitement spécial, plus doux, lors de leur dernière heure sur terre. Le simple bon sens donne raison à ces employés. Quand un animal est sur le point d'avoir la gorge tranchée, importe-t-il vraiment que les tendons de ses pattes soient eux aussi tranchés ? Tuer avec compassion est une notion pleine d'absurdité. Ceux qui, avec de bonnes intentions, font campagne pour la protection des animaux semblent souhaiter que la bête arrive devant son bourreau dans un état calme et que la mort s'empare d'elle avant qu'elle ne se rende compte de ce qui se passe. Mais comment un animal peut-il être dans un état calme après avoir été poussé à coup d'aiguillon sur la passerelle d'un bateau pour être chargé à l'arrière d'un camion et conduit dans une circulation intense jusqu'à un lieu étrange qui pue le sang et la mort ? L'animal est en pleine confusion, éperdu, et sans nul doute difficile à maîtriser. C'est pour quoi on lui coupe les tendons.

Journal d'une année noire, J.M. Coetzee

Sur le même registre que penser de la mort "bio" ?

La gentille mort

À lire en entier sur le blog d'Insolente Veggie

Note

[1] N'avez-vous pas vu ce court métrage de Bastien Allot ?

Contre les inscriptions inutiles : BugMeNot

En 1982, l’aversion de Stallman pour les mots de passe et le secret était d’une telle notoriété que des utilisateurs externes au AI Lab employaient son compte comme passerelle pour accéder à l’Arpanet — le réseau informatique financé par la recherche, ancêtre de l’Internet actuel.

[...]

[Lorsque] les mots de passe ont fait leur première apparition au AI Lab, j’ai [décidé] de suivre ma conviction selon laquelle il ne devrait pas y avoir de mots de passe. Dans la mesure où je ne crois pas qu’il soit vraiment souhaitable d’avoir une quelconque sécurité sur un ordinateur, je ne vois pas pourquoi j’aurais dû collaborer avec ce régime sécuritaire.

Richard Stallman et la révolution du logiciel libre,
biographie écrite par Richard Stallman, Sam Williams
et Christophe Masutti sous licence GFDL

bugmenot.jpg
Photo de zenera [Flickr]
sous licence Creative commons by-sa

Je viens de découvrir le service BugMeNot. Le principe est de mettre en commun les identifiants et mots de passe pour des sites qui demandent une inscriptions non justifiée.

En temps normal, je crée une adresse email jetable, je remplis le formulaire d'inscription, j'attends le mail de confirmation pour valider le compte... et enfin, je peux poster un commentaire sur tel ou tel site sur lequel je ne fais souvent que passer et où la question de mon identité est secondaire. Ce qui est dommage, c'est que ce compte est à usage unique ou presque (encore faut-il se rappeler de ce qu'on avait mis) et que d'autres font probablement la même chose gonflant la base de donnée pour rien.

Là, la technique est simple : vous allez sur bugmenot.com/view/rue89.com par exemple et vous récupérez le couple identifiant/mot de passe d'un compte bidon déjà créé et c'est tout.
Si ça marche (ou pas) signalez-le comme ça tout le monde en profite. Si ça ne marche pas — c'est l'inconvénient de la mise en commun, certains peuvent abuser de leur anonymat — essayez-en un autre. En dernier recours, si aucun ne marche et que vous avez assez de courage pour en créer un, vous pouvez le partager en bas de la page.

Caramel sur la cerise, il existe une extension pour Firefox qui permet en un clic-droit sur le formulaire de connexion de se connecter automatiquement sans avoir besoin de passer par le site.

Par contre, les conditions d'utilisation sont quand même contraignantes puisqu'il est obligatoire de porter un happy pant lorsqu'on surf sur le web... :)

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Bref, du coup, j'ai créé un compte sur Framagora, bien que les invités soient déjà autorisés à poster, juste pour l'exercice et parce qu'il n'en existait pas encore ;) .
Identifiant : Fwks  
Mot de passe : bugmenot

Se simplifier la vie : 3 - Les livres

Ça peut paraître surprenant dans une démarche de simplicité volontaire, après avoir parlé de la technologie et du supermarché, d'enchaîner avec les livres. En définitive, ce qui va suivre est vrai pour les livres mais aussi pour tous les supports de biens culturels. (chez moi il n'y a plus ni CD ni DVD ; ma médiathèque occupe environ 10Go pour la musique + 60Go pour une petite centaine de films dont la moitié sont des documentaires...) Comme la culture a été pervertie pour prendre la forme d'une industrie du divertissement, le culte de la croissance s'y applique aussi et le milieu littéraire n'échappe pas à la règle.
Bref, qu'est-ce que signifie la décroissance dans la culture ? (ben je ne répondrai pas à la question, na ! :) )


Pour moi, la Gîtâ devint le guide infaillible de toute ma conduite, le dictionnaire auquel je me référais tous les jours. Tout comme je me tournais vers le dictionnaire d'anglais pour chercher le sens des mots qui m'échappaient, je me tournais vers ce dictionnaire du comportement pour y trouver la solution toute prête de mes ennuis et de mes épreuves. Tels mot que aparigraha (non-possession) et samabhâva (égalité d'âme) me frappèrent à l'extrême. ...
Comment s'y prendre pour se dépouiller de toutes possessions ? Le corps lui-même n'était-il pas en soi possession suffisante ? Et la femme, les enfants ? Devais-je supprimer toutes mes étagères pleines de livres ?

Autobiographie ou mes expériences de vérité, Gandhi

Quand j'ai lu la première fois l'autobiographie de Gandhi, le passage ci-dessus m'a marqué parce que je ne m'étais pas rendu compte à quel point posséder des livres était naturel (à ce titre, je trouve intéressant que pour Gandhi ce soit le premier élément non vivant qui lui vienne à l'esprit).
Évidemment maintenant je ne considère pas pour autant qu'il faut brûler tous les livres (ceux d'Amélie Nothomb vous pouvez ;) ) ou qu'il faut arrêter de lire mais j'essaie de privilégier bibliothèques, ebooks en libre diffusion (gutenberg, wikisource, ilv, atramenta), achats d'occasion ou bookcrossing, principalement pour encourager le partage mais aussi par refus d'engraisser des ayants droits qui ne le méritent absolument pas (visiblement il y a des ayants droit et des n'ayants pas droit de lire du Guillaume Apollinaire :roll: ).

Récemment, j'ai emprunté à la bibliothèque La sorcière de Portobello dont voici un extrait qui illustre le sujet :

"Réponds-moi, a-t-elle insisté, regardant mon appartement. Apprendre, est-ce empiler des choses dans sa bibliothèque, ou se débarrasser de tout ce qui ne sert à rien et poursuivre son chemin plus léger ?"

Là se trouvaient les œuvres que j'avais eu tant de peine à acheter, lire, souligner. Là se trouvaient ma personnalité, ma formation, mes vrais maîtres.

"Combien de livres as-tu ? Plus de mille, j'imagine. Et pourtant, dans leur grande majorité, tu ne les ouvriras plus jamais. Tu gardes tout cela parce que tu ne crois pas. — Je ne crois pas ? —Tu ne crois pas, point final. Quelqu'un qui croit va lire comme je l'ai fait au sujet du théâtre quand Andrea m'a interrogée. Mais après, il s'agit de laisser la Mère parler pour toi, et à mesure qu'elle parle, tu découvres. Et à mesure que tu découvres, tu parviens à remplir les espaces blancs que les écrivains ont laissés là à dessein, pour provoquer l'imagination du lecteur. Et quand tu remplis ces espaces, tu te mets à croire à ton propre talent.
Combien aimeraient lire les livres que tu as là, mais n'ont pas les moyens de les acheter ? Pendant ce temps, tu gardes cette énergie inerte, pour impressionner les amis qui te rendent visite. Ou parce que tu ne crois pas qu'il t'aient déjà appris quelque chose, et que tu auras besoin de les consulter de nouveau."

J'ai trouvé qu'elle était dure avec moi. Et cela me fascinait.

"Tu penses que je n'ai pas besoin de cette bibliothèque ?
— Je pense que tu dois lire, mais que tu n'as pas besoin de garder tout cela. Serait-ce trop demander que nous sortions maintenant, et qu'avant d'aller au restaurant, nous distribuions la plupart de ces livres aux gens que nous croiserons en chemin ?
— Ils ne tiendraient pas dans ma voiture.
— Louons un camion.
— Dans ce cas, nous n'arriverions jamais au restaurant à temps pour dîner. En outre, tu es venue ici parce que tu n'es pas sûre de toi, et non pour me dire ce que je dois faire de mes livres. Sans eux, je me sentirais nu.
— Ignorant, tu veux dire.
— Inculte, si tu cherches le mot juste.
— Alors, ta culture n'est pas dans ton cœur, mais dans les bibliothèques de ta maison."

La sorcière de Portobello, Paulo Coelho

Pour ceux qui se plaignent des citations trop longues ;) , Paulo Coelho parle aussi de réduire la taille de sa bibliothèque et du bookcrossing dans ce documentaire :

Extrait du documentaire Paulo Coelho, ma vie
de Benedict Mirow et Dorothee Binding
(vidéo au format webm)

Ma première expérience de bookcrossing c'est avec ''J'avoue que j'ai vécu'' de Pablo Neruda. Je l'ai déposé le 2 août 2010 dans le hall du ferry Daniel Casanova pendant le trajet Propriano/Marseille.
Depuis je n'ai pas eu l'occasion de recommencer soit parce que j'ai acheté des livres que je compte relire soit parce que je les ai empruntés à la bibliothèque. En tout cas, la prochaine fois j'y mettrai un message expliquant la démarche avec mon adresse email parce que même si je ne tiens pas plus que ça à surveiller les déplacements de mon livre (comme sur bookcrossing.com) ça peut être intéressant de savoir dans quelles mains il est tombé et ce que la personne en a pensé.

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